La souffrance
« … A propos du mot âme, c’est curieux n’est-ce pas, on a perdu l’habitude de parler de l’âme. Et je crois pourtant qu’au fond quand on parle de l’être essentiel, on pourrait aussi dire c’est mon âme, c’est à dire c’est la façon que le divin est présent en nous-même d’une façon individuelle. C’est ça qui fonde notre noyau essentiel. Je crois qu’il faut voir la vie humaine dans la polarité entre l’être essentiel et l’être existentiel. Pour l’être existentiel il y a le médecin et pour l’homme essentiel, c’est le thérapeute. Le thérapeute, ça voulait dire dans les anciens temps, le compagnon sur le chemin du salut. Le chemin du salut est autre chose que le chemin du « moi » existentiel qui cherche la santé. [...] sur le chemin du salut c’est la souffrance qui nous fait avancer. Il n’y a pas de pas en avant sur le chemin essentiel qui ne serait pas passer par une souffrance… »
K.G. DÜRCKHEIM, Le mot qui vient du silence, émission radiophonique
Le geste
“Le geste n’est pas simplement l’expression mais également la source d’une expérience [...] Le geste fait partie des instruments que nous avons pour nous rapprocher de la réalité. [...] Le corps c’est nous. »
K.G. DÜRCKHEIM, Le mot qui vient du silence, émission radiophonique
Amour
« Si notre confiance, notre foi dans le mystère de la création existe, elle n’est cependant pas suffisante. Il nous faut aussi être relié à l’amour, non pas celui que nous avons coutume d’appeler amour, qui recouvre tous nos manques [...] et qui parle de notre moi [...], de besoin de sécurité et de posséder, mais celui qui nous habite et qui s’origine en lui-même au sein du mystère de la création. [...] Cet amour là est amour infini, et nous le portons en nous sans le savoir. »
« Amour et foi sont indissociables, la foi implique l’amour et la rencontre de cet amour éveille la foi. »
P. DUIRAT, Rencontre avec le mystère de la création, Société des Écrivains, Paris, 2008, p. 230.
Pour éprouver l’amour, voici les conseils de Denis MARQUET : « offrir ce que je souhaite recevoir » – » Je veux qu’on m’écoute ? Je donne de l’écoute. J’ai besoin d’amour ? Je donne de l’amour. Alors l’amour me traverse et je suis comblé ».
Honte
Toute honte présente toujours en toile de fond le risque d’un rejet hors de la communauté. [...]
A la différence de la culpabilité qui porte sur les conditions d’un désir (désirer de façon illicite ou hors de propos), la honte porte sur la légitimité même du désir. Ainsi l’enfant qui a dérobé un gâteau et qui est puni peut se sentir coupable, mais le désir de manger de bonnes choses lui est reconnu [...] Par contre, l’enfant qui a déféqué dans sa culotte doit se sentir honteux, parce que le plaisir pris avec les excréments n’a pas sa place dans le fonctionnement social. Il lui faut substituer le dégoût. L’enfant apprendra vite à faire la différence entre un interdit portant sur un objet illicite du désir (par exemple manger ce qui est défendu) et un interdit portant sur le désir même (par exemple déféquer dans sa culotte). Le second lui fait courir le risque d’un rejet hors de la communauté.
S. TISSERON, La honte, Dunod, Paris, 2007, p.
Passage à l’acte
L’impossibilité d’imaginer une situation peut amener à l’agir. C’est le fameux « passage à l’acte ». Mais l’impossibilité de pouvoir imaginer une situation comme réalisée peut aussi conduire à désirer la réaliser pour pouvoir l’imaginer.
S. TISSERON, La honte , Dunod, Paris, 2007, p.156
sentiments, affects, émotions
« étymologiquement, le terme de « sentiment » renvoie au champ sémantique de la sensation et de la sensibilité.
[…] les affects, les émotions sont plus mouvants, plus brefs et plus dynamiques que les sentiments. En réalité c’est moins l’aspect durable qui fait la différence que la dimension d’adresse à l’autre. […] les émotions participent volontiers d’un mouvement vers autrui, […] alors que les sentiments se situent peut-être davantage au sein d’un mouvement de réception et de vécu en soi-même. […] l’étymologie même du terme (é-motion) implique l’idée d’un mouvement qui nous fait sortir de nous-mêmes. Cela est très sensible chez les bébés qui à défaut de langage (in-fans), passent par l’image motrice pour penser leurs impulsions et leurs attractions relationnelles. »
B. GOLSE, L’être-bébé, PUF, Vendôme, 2007, p. 99 – p. 101
« Sentiments, émotions ou souvenirs ne sont que des témoins d’un passé déjà mort. […] Il ne s’agit pas de réduire les émotions au silence, mais de les conduire peu à peu à rejoindre le silence dont elles sont sorties. »
F. ROUSTANG, Il suffit d’un geste, Odile Jacob, 2011
Transmission
Transmission transgénérationnelle
« La transmissission transgénérationnelle se jouerait essentiellement entre des générations sans contact direct, elle se ferait dans le sens descendant et emprunterait essentiellement les voies de la communication verbale (digitale) et de ses particularités structurales (phénomènes de non-dits, par exemple). »
Transmission intergénérationnelle
« La transmissission intergénérationnelle se jouerait au contraire surtout entre des générations en contact direct (parents et enfants), elle pourrait être à double sens et passerait essentiellement par les voies de la communication non verbale ou préverbale (analogique). »
B. GOLSE, L ‘être-bébé, PUF, Vendôme, 2007, p. 32
Inconscient
« Que devons-nous donc faire, pour remplacer chez nos malades l’inconscient par le conscient ? Nous avions cru un moment que la chose était très simple, qu’il nous suffisait de découvrir l’inconscient et de le mettre pour ainsi dire sous les yeux du malade. Mais aujourd’hui nous savons que nous étions dans l’erreur. Ce que nous savons de l’inconscient ne coïncide nullement avec ce qu’en sait le malade ; lorsque nous lui faisons part de ce que nous savons, il ne remplace pas son inconscient par la connaissance ainsi acquise, mais place celle-ci à côté de celui-là qui reste à peu près inchangé. »
S. FREUD, Introduction à la psychanalyse, 1916, p. 138
Excuses
« C’est compliqué de demander pardon, c’est un geste délicat, en équilibre entre raideur orgueilleuse et contribution larmoyante et si on n’arrive pas à s’ouvrir à l’autre en toute honnêteté, toutes les excuses paraissent fausses et creuses. » – Paul Auster
« La fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volontés. » – Romain Rolland
« Négligez les petites choses sous prétexte qu’on voudrait en faire des grandes, c’est l’excuse des lâches. » – Alexandra David-Neel
« Qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui ne veut rien faire trouve une excuse. » – proverbe arabe
Vivre
« Tout le monde a besoin d’une raison pour vivre, et dans les moments difficiles cette raison c’est l’espoir. »
K. G. DÜRCKHEIM,
Le pardon
Pardonner, ce n’est pas oublier. C’est accepter de vivre en paix avec l’offense. […] La douleur se réveille souvent ; avec elle, la mémoire. […] Pour pardonner, il faut se souvenir. Non pas enfouir la blessure, l’enterrer, mais au contraire la mettre au grand jour, dans la lumière. Une blessure cachée s’infecte et distille son poison. Il faut qu’elle soit regardée, écoutée, pour devenir source de vie.
T. GUÉNARD, Plus fort que la haine, Paris, J’ai lu, mars 2008, p.220 – 221
Détachement
« Le véritable détachement s’obtient à partir du lâcher-prise s’effectuant sans effondrement de nos valeurs intrinsèques et sans que notre action vers l’autre soit une recherche d’intérêt personnel. »
Dürckheim Karlfried Graf
Désirer et souhaiter
« Dire son désir » n’est pas le « réaliser », on peut ne pas « souhaiter » accomplir ce que pourtant on désir… Banalement, je peux désirer la mort d’un proche qui me fait souffrir, mais je ne la souhaite pas parce que j’aime par ailleurs sincèrement cette personne. Cette intuition que nous pouvons à la fois désirer et ne pas souhaiter une seule et même chose nous met souvent mal à l’aise. Il nous semble « vouloir » et « ne pas vouloir » en même temps et nous craignons en même temps d’être suspecté de « ne pas savoir ce que nous voulons ». (1)
LA MORALE DE PEAU D’ÂNE
« Que se passe-t-il lorsque les adultes se révèlent incapables de faire la distinction enter « désirer » et « souhaiter » ? On connaît bien sûr les situations d’abus sexuels, mais une autre éventualité se présente également plus souvent qu’un ne le croit. Quand l’adulte est incapable de faire cette distinction, c’est bien souvent l’enfant qui la lui rappelle – ou qui tente tout au moins de le faire.
C’est une telle situation que nous raconte le conte de Peau d’Âne. Bien loi d’évoquer les rêveries incestueuse d’une fillette, ce conte met en scène la confusion incestueuse d’un père et la complaisance de son épouse à son égard.
Dans ce conte, une reine décrite comme « très belle » meurt en effet après avoir fait promettre au roi son époux de ne prendre pour deuxième épouse qu’une femme plus belle encore. Celle-ci, évidemment, ne peut être que sa propre fille dont la renommée dans ce domaine est déjà grande. En s’appuyant sur cette autorisation de la défunte – pour ne pas dire encouragement…-, le roi décide donc d’épouser sa fille ! L’opposition de ses conseillers et les supplications de sa filles n’y font rien. La distinction entre désirer et souhaiter est en effet d’autant plus facilement ignorée par un adulte qu’il détient un pouvoir important… On sait combien les puissants de ce monde ont tendance à se croire au-dessus des lois qu’ils promulguent pour les autres!
Mais la situation de l’enfant est bien différente. Lui a l’intuition de la catastrophe à la fois psychique et relationnelle que provoquerait la réalisation de ses désirs sexuels éventuels vis-à-vis d’un adulte. C’est pourquoi, s’il est faux de prétendre qu’il n’éprouve pas de tels désirs, il est criminel d’arguer de leur existence pour l’inviter à les réaliser. Or c’est ce que fait le parent abuseur. Et que se passe-t-il alors ? Le conte Peau d’Âne est là pour nous le rappeler.
Quand le parent n’est pas capable de d’établir la distinction ente désirer et souhaiter, c’est à l’enfant de tenter de poser les limites qui les protègeront tous deux de cette folie. Dans Peau d’Âne, la jeune fille trouve un complice auprès de sa marraine la fée. Celle-ci n’a pas le pouvoir de faire changer le roi d’avis, mais elle suggère à sa fille plusieurs astuces pour lui permettre de gagner du temps tout en travaillant à le faire renoncer à son projet. Rien n’arrête le roi…
Ce conte ne nous raconte donc pas le désir incestueux d’une fillette pour son père… Il évoque ce qui se passe lorsqu’un parent est incapable de poser des règles et des limites au désir, à savoir que c’est aux enfants de le faire aidés en cela par des proches représentés ici par la marraine. L’enfant a en effet besoin d’être renforcé dans l’idée qu’il doit savoir s’opposer aux désirs incestueux éventuels de ses parents et qu’il peut trouver une aide auprès de ses proches pour y parvenir. C’est à l’en convaincre que ce conte peut servir… » (2)
(1) S. TISSERON, Ces désirs qui nous font honte – Désirer souhaiter, agir : le risque de la confusion, Dijon, sept. 2010, p. 32
(2) Idem, p. 35-37